Deux ou trois choses que je sais du FN

Merde, alors. Il y a encore des abstentionnistes en France.

 

Incroyable. A la rigueur, que l'on ne vote pas pour les partis qui n'ont aucune chance de gagner... c'est stupide, ceux d'entre nous qui ont le sens de l'Histoire le savent ; mais quand on a jamais vraiment réfléchi au-delà de son petit univers perso et des discussions de comptoir, ça a l'air de tenir la route. Ça tient donc la route pour la plupart des gens, c'est naze mais il faut bien faire avec, fin du débat sur la diversité idéologique (ça me fait mal au cul d'écrire ça en intro, vraiment. J'y reviendrai en d'autres occasions. Simplement, la, ce n'est pas mon propos, les élections sont demain et il faut que j'avance).

 

Mais la, c'est même pas ça. Il y a des gens, des millions de gens, qui considèrent que laisser Foutriquet au pouvoir, refiler le gâteau au gros Strauss-Kahn pour en sauver les miettes qui nous restent, ou accepter que la progéniture du borgne soit en photo dans toutes les mairies, de toute façon, ça change rien et c'est tous les mêmes. Merde, alors.

 

 

On en est la. La première femme président de la République pourrait finalement nous venir de l'extrême-droite, et l'électorat facho se révéler moins sexiste que la gauche bien-pensante. Quel aveu ! Quelle formidable preuve de l'échec de notre système d'éducation, qui nous montre que ceux qui se croient du bon côté des principes sous prétexte que leur parti est représenté par la couleur rose n'en ont en réalité rien à cirer, des principes. Des gros beaufs, l'élite éclairée de la social-démocratie, plus que les prolos lepénistes. On savait l'homme capable d'être exemplairement cultivé et raffiné, d'être un bon père de famille et un voisin exquis, et de bosser dans un camp d'extermination ; on sait désormais qu'il peut tout aussi bien être bobo et barbare.

 

Mais revenons aux cantonales, et rappelons ce qui est en jeu sans (trop) déborder sur le scrutin à haut risque de l'année prochaine.

 

 

La notion de territoire, chez nous, c'est un gros bordel. Les souverainistes comme les régionalistes « transcendent le clivage droite-gauche », comme disent les journaleux, entendez par la qu'ils se foutent de la politique du moment qu'on les laisse bandouiller en caressant des frontières sur une carte. Ça leur plait, ça, les frontières. Tracer les limites de ce qui est à eux, ils kiffent grave, les mecs. C'est comme ça qu'on en arrive à vouloir repousser les limites en question ; ça s'appelle la guerre.

 

Nous, en France, on a un truc génial ; c'est le département. Le département, c'est génial car il existe non pour séparer entre eux des territoires, mais dans un pur esprit d'efficacité du service public, c'est génial parce que ça fout à la porte ces saloperies de provinces de l'ancien régime (qui reviendront plus tard par la fenêtre avec les régions), et surtout, c'est génial parce que c'est conçu pour être ne pas être un pays. C'est une entité administrative. Rien d'autre. Dire par exemple « je suis de Haute-Loire », ça ne veut rien dire, à part que t'es quelque part par la sur une carte de France ; tu peux être d'Auvergne, du Velay, du Gévaudan, du Forez, on s'en branle, t'es Français et tu habites le département numéro 43. Point. Mine de rien, vue l'époque de leur création, c'est un pas de géant vers l'universalisme.

 

Sauf qu'on vit le retour des imbéciles heureux qui sont nés quelque part, et que la multiplication des découpages électoraux pas plus que cette histoire de demi-scrutin tous les trois ans n'aident à comprendre pourquoi on vote au juste. Résultat : un conseil général, c'est bizarroïde, mal foutu, pas clair, tout ce que vous voulez, OK, vous marquez un point. Mais il n'en reste pas moins que ce n'est pas un jouet.

 

Un conseil général s'occupe des aides sociales, comme le RSA. De la protection de l'enfance et de la prévention sanitaire. Des collèges. Des bibliothèques publiques. Du patrimoine architectural. De la gestion des déchets.

 

Ajoutons à cela qu'on leur a refilé récemment (entre autres) l'entretien des routes nationales, sans leur filer un rond supplémentaire en compensation ; ils sont donc obligés de faire des choix importants quand ils votent leur budget, et en profitent souvent pour sucrer ce qui les arrange (tapez « conseil général coupes budgétaires » sur votre moteur favori, et lisez les premiers résultats pour vous faire une idée...).

 

Je suis nomade de nature, ce n'est pas un secret pour les lecteurs de ce blog. J'ai vécu, ou longuement séjourné, dans une quinzaine de départements ; j'en ai visité bien d'autres, formation de géographe en tête, calepin en main, et admiration au cœur pour ce fondement civilisationnel qu'est le métier de journaliste. N'allez pas vous imaginer que la « vie locale » signifie la même chose selon que le hobereau du coin s'appelle Montebourg, Barrot, Mercier, Hollande ou Devedjian. Ça joue. Ça joue grave. Ils existe des villes ou l'on trouve des « réfugiés sociaux » ayant fui les conseils généraux pourraves, comme Mâcon ou Saint-Lô ; il existe des départements ou des lois fondamentales ne sont pas appliquées pour des raisons électoralistes et flatte-couillons, comme dans les Hauts-de-Seine ou chez les crétins des Alpes.

 

Croire un tant soit peu dans la maxime « think global, act local », et ne pas voter aux cantonales parce que ça sert à rien, c'est aussi pertinent que faire pousser ses légumes soi-même parce que "les supermarchés vendent de la merde" sans avoir fait d'analyses de sol dans la friche industrielle ou on les plante. Rigolez pas, je connais des gens qui font les deux.

 

Ajoutons à cela l'aspect stratégique du truc. Une éjection aux cantonales peut briser une carrière politique ; un mandat réussi à la présidence d'un conseil, la lancer, à l'image de celle de Chirac.

 

Chirac. Voilà un cas intéressant. Un type, parisianiste à en crever, un grand bourgeois cultivé dans l'élitisme des grandes écoles, le « bulldozer » de Pompidou, le chouchou du mégalomane Dassault père, une putain de machine à tuer politique, un génie. Le gars, qu'est-ce qu'il a fait ? Il s'est déguisé en mec du terroir. Il a tâté le cul des vaches, a épousé une fille de noblesse locale (Bernadette s'appelait Chodron de Courcel) et acheté un château pour faire bonne mesure, a fait son fief d'un coin de ruralité dont personne n'avait rien à braire, et est devenu ministre... de l'agriculture, comme c'est mignon.

 

Son créateur politique disait des Français qu'ils étaient des veaux. Chirac a très bien compris ce qu'il avait à faire ; devenir maquignon. Une fois sa popularité et ses réseaux acquis, il n'avait plus qu'à tout se permettre, comme baiser la gueule en beauté à un héros de la résistance comme Chaban-Delmas ou griller définitivement ce pauvre Giscard, pour être pendant trente ans le chef absolu de la droite.

 

 

Et c'est la que j'en arrive au FN.

 

Nous sommes donc en 1974. Chirac plante un couteau dans le bide d'un gaulliste historique et catapulte au pouvoir le libéral Giscard, un technocrate centriste sans grand charisme qu'il sait pouvoir supplanter plus tard. La droite se modernise, légalise l'avortement, décide qu'à dix-huit ans on est capable de choisir son maitre, et s'ouvre aux états-unis pour préparer l'étape suivante, celle de la mondialisation.

 

Pendant ce temps, à droite de la droite, le néofascisme est dans les choux. Son champion, l'Ordre Nouveau de Gérard Longuet, vient de crever suite à une dissolution ; sa métastase, le tout jeune Front National, sort d'un procès qui a vu son fondateur, Alain Robert, baisé par par un certain J-M. Le Pen, obscur ancien député viré de chez les poujadistes. Robert sera le premier de la bande à rejoindre la droite classique, créant le PFN et soutenant la candidature de Giscard. Il jouera -c'est très important pour la suite- un rôle essentiel dans le maintien des idées occidentalistes au sein de la droite.

 

Les fachos Français, à l'époque, c'est un truc de jeunes frappes qui tentent de se débarrasser de l'héritage Maurras et de fédérer les ultra-nationalistes européens ; des mecs intelligents, très politisés, dont l'objectif est clairement de reprendre leur part de pouvoir confisquée par De Gaulle. Le Pen veut pragmatiser tout ça, jouer la carte du « tête haute, mains propres » et surfer sur la vague du chômage tout en fédérant tout ce qu'il réussit à piquer à Pasqua à l'Est du RPR.

 

Les fachos, les vrais, ceux qui croient en la race blanche, ont choisi leur camp. Madelin, Longuet, Novelli, Devedjian et d'autres, finiront ministres. Le Pen ne veut pas le pouvoir, il veut un fond de commerce. Ça ne les intéresse pas. Votons Chirac.

 

Dix ans pour s'en remettre. La droite est monolithique, et la mort de Franco fait croire à la mort du fascisme en Europe, un peu trop vite.

 

Et puis, Mitterrand trahit. Longwy, Dreux, Liévin, et tant d'autres villes de travailleurs sont sacrifiées. Conséquence immédiate, c'est en 83 à Dreux que Stirbois relance la machine ; la commune passe à droite avec quatre conseillers frontistes. « je n'aurais pas du tout été gêné de voter pour la liste RPR-FN au second tour », lance Chirac, bien content de bouffer un bastion de gauche deux ans après sa dernière branlée. Il rira jaune par la suite.

 

Le borgne tient sa revanche. Les médias le découvrent, il devient bête de scène. Le Gallou, Gollnish, Megret, Le Chevallier sont piqués au RPR. Quelques vrais horribles, genre Pierre Vial ou Carl Lang, regagnent le giron familial. 35 députés frontistes rentrent à l'assemblée nationale en 86.

 

Vous pensez connaitre la suite. « Touche pas à mon pote ». L'appel des 250. Orange, Toulon, Vitrolles, Marignane. « Un jour en France », de Noir Dés. Le refus d'alliance de Chirac aux régionales. Le putsch avorté de Mégret. Le retour en force de 2002. « Marine » en couverture de figaro madame.

 

Vous vous plantez bien profond. Il s'est passé bien plus de choses que cela.

 

J'y étais...

 

 

 

Vincennes, 26 septembre 1998*

 

 

« Que soient remerciés en votre nom les organisateurs, ainsi que notre DPS, mis sur pied de paix, aux ordres de Bernard Courcelle (vous voyez, je fais attention, je ne dis pas pied de guerre, de crainte de les voir dénoncés par la Gestapo médiatique) », dit Le Pen.

 

Le DPS, département protection-sécurité, a le pied de paix bien caché dans ses rangers, et me mate avec insistance pendant que j'essaie de prendre des notes discrètement. Ce n'était pas une bonne idée de garder les cheveux longs. Les jeunes mecs ont tous le crâne rasé, les jeunes filles sont toutes blondes, les vieux ont des têtes de beaufs. Il n'y a que les cadres du parti qui aient l'air de gens normaux. Ça doit être un critère de sélection.

 

C'est la fête des bleu-blanc-rouge. La fête du Fhaine. Et chez eux, on s'en doutait, ça ne rigole pas.

 

La suite du discours est extraordinairement subtile. Au moins trois niveaux de langage, l'un pour les journalistes qui parle de chute de l'URSS et de reconstruction de « l'Europe des nations », un autre pour les militants avec les célèbres petites phrases, le dernier qui annonce que Le Pen est toujours le chef, le seul et unique chef.

 

Mégret arrive une heure plus tard à la tribune, juste après Gollnisch. La rumeur prétend qu'on lui refile des micros trop hauts pour se foutre de sa gueule ; je peux confirmer, on lui a vraiment fait la blague.

 

Je n'ose discuter avec personne. Mais les gens, eux, m'abordent. Je pensais qu'ils m'éviteraient comme la peste, mais ils se sentent entre eux, en sécurité. Les militants frontistes sont très conviviaux, toujours prêts à payer leur coup au bar ; faut dire que beaucoup d'entre eux ont les moyens. Malgré la fraicheur, on sent une ambiance très sudiste, chemise ouverte et gourmette au poignet. Un quadragénaire adipeux me lance : « c'est votre génération qui aura sa chance ; maintenez l'unité, vous gagnerez l'Élysée! » ; d'autres sont plus réservés, parlent des boulettes de Mégret et Le Chevallier dans leurs mairies, craignent une scission dans un avenir proche.

 

Ils ont peur. C'est pour ça qu'ils sont la. Ils croient en Le Pen, et Le Pen vieillit. Ils ne sont pas cons. Ils savent qu'ils ne sont rien sans lui.

 

Deux heures que je suis la. Un membre du DPS m'aborde, me demande ma carte d'identité ; il demande à lire mon carnet. Je refuse, il me jette dehors. Sans violence, mais en me faisant bien comprendre que le plus petit mouvement de résistance serait une très mauvaise idée.

 

Voilà. J'ai vu la bête immonde dans sa tanière. C'était flippant, comme prévu. Maintenant je suis dans le métro. Les trois quarts du wagon sont des noirs et des rebeuhs. Ils ignorent qu'à deux stations de la, des milliers de personnes discutent ensemble du jour ou ils les mettront dehors.

 

Je ne sais pas si ça servait à grand chose que je vienne ici. Si, au moins à une : maintenant, je sais ce que je combats exactement. Des gens dans un monde différend du notre, qui veulent étendre ce monde à la réalité toute entière.

 

Et il n'est même pas nécessaire de les détester pour les combattre. Un coup d'œil à leur monde suffit.

 

 

 

 

 

 

Et j'ai continué à jeter un coup d'œil à leur monde, encouragé par les travaux d'Erwan Lecoeur ou encore Caroline Fourest ; comme beaucoup dans ma génération, mon éducation politique s'est faite avant tout en réaction au phénomène de l'extrême-droite, avant qu'une formation plus costaude en sciences humaines m'autorise à m'aventurer sans filet sur le terrain de l'analyse économique.

 

Et on en apprend des choses, avec un angle de vue bien exploité. Parce que le FN, les copains, c'est pas ce que vous croyez. Du tout.

 

Ce n'est pas une machine de guerre néofasciste avec un leader charismatique incontesté qui doit mener ses troupes à la victoire finale. Le FN, c'est un truc de boutiquiers. Un parti politique d'importance secondaire, avec ses clans, ses luttes de pouvoir, ses ramasseurs de miettes du gâteau. Un ramassis de pourris comme un autre, avec, ça et la, deux ou trois vrais théoriciens fascistes qui enragent d'avoir pour socle ce qu'ils considèrent comme un parti de tarlouzes.

 

Mégret, pur héritier de la droite intellectuelle technocratique, piaffe longtemps dans son box avant d'être rattrapé par la justice. Bompard, autre ancien d'Occident et d'Ordre Nouveau, rejoint les p'tits jeunes de Fabrice Robert au sein du Bloc identitaire, qui est actuellement en France le seul véritable parti néofasciste. Marie-France Stirbois et d'autres royalistes sont récupérés par De Villiers, ça reste de la droite dure bien catho, sans plus.

 

Et au milieu, Marine.

 

 

C'est la que je ne vais pas être consensuel, mais alors, pas consensuel du tout. Donc, je vais être clair. Limpide. Je vais dire les faits, et faire remarquer d'avance aux critiques que l'on ne peut pas envisager le FN de Marine Le Pen comme celui de papa, pas plus que l'on ne peut comparer l'UMP de Chirac à celle du Bling-Bling Boy. Dans les formations politiques ou règne le népotisme, le fait du Prince a son importance, et en voici le résultat : le Front version Le Pen fille (relooké à mort et coupé du Bloc identitaire, donc), et l'UMP version anciens camarades de jeu du groupe Occident, C'EST IDÉOLOGIQUEMENT LA MÊME CHOSE.

 

La seule différence, c'est que l'un instrumentalise l'Europe en s'en servant de croquemitaine plutôt que d'entonnoir de gavage pour faire passer sa pilule ultralibérale. Question purement stratégique, dans les deux cas ; le Front National serait farouchement pro-européen si sa tentative de fédérer l'extrême-droite de tous les pays membres n'avait pas lamentablement échoué. Faut dire que rassembler des fachos de pays différents, ça pose quelques problèmes, notamment pendant les matchs de foot.

 

Hortefeux, Lagarde, Besson, Bachelot, Baroin, Novelli, Devedjian, ont appliqué, depuis 2007, le programme du Front National. Ni plus, ni moins. Enfin, si, parfois plus.

 

Y en a qui vont dire « ça y est, la France, c'est deux tiers de fachos ». Vous n'y êtes pas. Les partis ne représentent pas leurs électeurs. Cela supposerait qu'ils leurs disent qui ils sont réellement ; c'est irréaliste.

 

Lisez un tract du FN : on y parle de justice sociale, de lutte contre la mafia des cités, de « l'hyperclasse mondialisée de l'UMPS » coupée des citoyens, d'une vraie réforme sociale protégeant les Français démunis, et d'un objectif clair : relancer la natalité pour pallier « une immigration enfin régulée ».

 

Qu'est-ce qu'il y a de choquant la-dedans, pour la droite ? Que l'UMP (comme le PS) est un parti d'élites technocratiques et méprisantes envers le peuple. Ce qui est choquant, pour la droite, dans un tract du FN, est la pure vérité. Sur tout le reste, sur les mensonges, ils sont d'accord entre eux.

 

Et qu'est-ce qu'il y a de choquant, la-dedans, pour un électeur ?

 

 

On a foiré l'éducation politique des citoyens. Il serait plus juste de dire qu'on a pas vraiment essayé, l' « éducation civique » de l'école, ce fatras chiant comme la mort et imbitable sauf pour un fils de républicain déjà convaincu, n'étant pas vraiment une tentative.

 

Comment s'étonner ? On n'explique rien. On gave de conneries les gens. On fait comprendre à ceux qui vivent dans des HLM transformés en parcs à arabes qu'ils ne sont rien et qu'il ont intérêt à se tenir tranquille, sinon les flics vont s'occuper de leur cas. Brûler une poubelle, pour un gosse de douze ans un peu crétin, c'est vachement rigolo ; va lui expliquer que c'est de la délinquance, alors que quand son grand frère se fait coller un flingue sur la tempe par les rambos qui patrouillent devant chez eux, c'est du « maintien de l'ordre ». Va lui expliquer que c'est lui qui fout la merde en France, et qu'il doit se calmer. Et regarde bien ses yeux quand tu lui diras. Si t'en as le courage.

 

La population d'origine maghrébine, en France, a construit nos maisons, nos villes, nos routes. Elle a extrait notre charbon, fabriqué notre acier, bossé dans nos centrales nucléaires de merde, vidangé nos chiottes, entretenu nos égouts. Maintenant, elle tient nos caisses de supermarché ou végète au chômage. Bouh, les vilains qui nous piquent nos prestations sociales.

 

En face, des blancs ni plus malins, ni plus instruits, ont vécu la même chose. Il fut un temps ou ils étaient frères d'armes. Les assises de Marseille et la mort du vrai syndicalisme ont baisé la fraternité, ne laissant que les armes. C'est un miracle que la situation ne tourne pas à la guerre civile larvée, comme c'est le cas à Londres. Ça viendra. Nos maitres y comptent bien.

 

 

 

Bref. Je suis sur ce texte depuis vingt-quatre heures, et j'ai à peine effleuré le sujet. Tant pis, je termine avant la fermeture des bureaux de vote.

 

 

Je voulais juste m'adresser ici à ceux qui ne votent pas ET ont un semblant de sensibilité de gauche ; les autres, qu'ils restent à la maison, ça ne m'intéresse pas qu'ils se rendent aux urnes.

 

Je veux leur dire que plus personne, aujourd'hui, ne peut venir raconter que voter PS en 2007, « ç'aurait été pareil ». Ou alors, vous vous foutez des 30.000 personnes par an qu'on renvoie crever loin de chez nous. Vous vous foutez que des villes entières servent de champ de bataille idéologique aux fachos et aux intégristes. Vous vous foutez qu'on projette de doubler la population carcérale dans les dix prochaines années. Vous vous foutez qu'on détruise ce qui reste d'indépendance des pouvoirs.

 

Je veux vous dire que l'autre, la, sa « rupture », il l'a réussie, le petit con. Que c'est flagrant, et très grave. Et qu'il n'y a plus d'autre excuse qu'un égoïsme à la vue courte pour ne pas aller soutenir le projet de société que l'on déteste le moins, ne serait-ce que pour gagner un peu de temps sur les catastrophes à venir.

 

Le gaullisme étant mort avec Philippe Séguin, la Droite reste la Droite, et les frontistes sont bien davantage les héritiers des Poujadistes que des Croix-de-feu ; l'échec de politiciens aussi redoutables que Charles Pasqua dans leur tentative de bouffer le créneau du national-populisme en atteste : le véritable terreau du FN est la, pas ailleurs.

 

Un jour viendra ou quelqu'un, à l'UMP, une future bête de concours comme par exemple Laurent Wauquiez, comprendra ce que veut Marine Le Pen. Un jour viendra ou la Droite comprendra la formidable liberté que lui donne la disparition du gaullisme et les reniements du camp d'en face. Elle osera se rassembler, laissera le Bloc devenir le nouveau FN, et tiendra, impérieuse, soixante pour cent des électeurs sous sa coupe. Et elle y parviendra pourquoi ? Parce que la moitié du peuple de gauche refuse de s'impliquer dans la vie politique, tandis que l'autre moitié s'écharpe entre elle.

 

Nous n'avons plus le temps de discuter des détails. Nous n'avons plus les moyens de ne pas nous entendre. Besancenot est une merde. On s'en fout. Mélenchon est une fouine opportuniste. On s'en fout. Éva Joly n'a aucun talent de tribun. On s'en fout. Royal est une conne. Rien à foutre. Aubry, dans le privé, est une horreur de bonne femme. On s'en fout, on s'en fout, on s'en fout. Tous ensemble contre la Droite. Sinon, on crève.

 

Voilà ce que vous avez fait, à refuser d'aller voter, d'aller salir vos petites papattes dans le vilain Système qu'il est vilain et pas beau ; vous avez laissé l'équilibre politique de ce pays se décaler d'un cran.

 

S'il est une chose que je sais du FN, c'est qu'il est l'UMP de demain. A moins que vous preniez conscience, enfin, qu'il est peut-être encore temps d'empêcher ça. La seule véritable force de changement, dans ce pays, ce sont les quelques millions de connards qui sont éveillés politiquement, et ne votent jamais ou presque parce que le Système est pourri.

 

Ils sont peut-être la première force politique de France. Et cette force, ils sont fiers de ne pas s'en servir. Il regardent le navire sombrer et nous disent : « on vous l'avait bien dit », au lieu de nous aider à colmater la voie d'eau. Et ils sombreront, tout comme nous, parce qu'on est dans le même bateau, bande de crétins autosatisfaits.

 

Voilà, les mecs. Vous savez maintenant ce que c'est que le FN. Vous savez pourquoi, un jour, il sera au pouvoir. Vous savez pourquoi il l'est déjà. Putain, sortez-nous de la. Vous êtes les seuls à pouvoir le faire.

 

Votez.

 

 

 

 

*Je reproduis ici de mémoire un texte écrit à l'âge de seize ans. Il est paru en Novembre 98 dans le fanzine "Ras l'Front Yssingelais", organe de l'association éponyme dont j'étais à l'époque le président. Nous étions trois membres.

 

Merci d'avance à toute personne ayant conservé l'un des sept exemplaires vendus de me contacter ; j'ai paumé le mien.

 

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