Genèse, I.2

"Certains rigolos se croient malins en racontant que les espèces évoluent avec le temps et qu’au départ elles n’étaient que de tout petits machins invisibles à l'œil nu. Ils en veulent pour preuve les trucs bizarres qui poussent sur les vieux fromages et les miches de pain, et restent sourds à des arguments de bon sens comme : pourquoi on peut les voir à l'œil nu, alors ? Et : s’ils étaient les premières créatures vivantes, qui a fait la miche de pain ?"

 

(druide Caustix, "on se fout de l'origine des espèces")

 

 

Le Créateur avait appris de Ses erreurs. Il comprenait enfin que même Lui était soumis à des règles, qu'une pensée consciente et ordonnée (y compris la Sienne) ne pouvait exister qu'en fonction de certains préalables.

 

Un et un font deux. L'entropie gagne toujours face à l'énergie dans un référentiel ou le temps passe. La magie a horreur du vide.

 

Et bien sur, Il retint la plus importantes des leçons: tout n'est que système.

 

Il avait ajusté les lois fondamentales de l'univers de manière à ce qu'elles puissent créer des structures complexes, des agrégats perfectionnés d'une sophistication toujours plus grande; mais Il avait oublié l'importance de les doter d'une fonction.

 

Ce fut l'observation d'un petit tas de brindilles qui s'agitait dans un coin qui créa ce que l'on pourrait appeler la troisième version du monde; la première étant celle de la planète vivante, et la seconde celle de l'avènement des humains, à qui il ne fallut que quelques millénaires pour se retrouver en train de mourir de faim après avoir massacré les trois quarts des autres espèces vivantes.

 

Les êtres vivants devaient avoir une fonction dans le système. Être une partie du tout. Interagir avec cohérence.

 

Dans le tas de brindilles s'agitaient de toutes petites formes courant sur leurs six pattes...

 

 

 

"Personne n'avait prévu l'importance des insectes sociaux dans l'évolution des sociétés Gnomoïdes, à l'exception de notre peuple bien sur. Le principe Petit donna une nouvelle leçon au principe Grand, en lui montrant que l'union faisait la force; aussitôt digérées les premières invasions de criquets diesel et les premiers dégâts des métamousses sur leurs premières et pitoyables tentatives d'architecture, humains et nains s'empressèrent d'adopter cette stratégie d'union, à leur manière stupide et rigide; ainsi fut créée la hiérarchie.

 

A part cela, ils firent exactement comme les insectes, créant en gros des mécanismes d'accumulation et de protection des richesses matérielles; ce qui ne ralentit pas vraiment les dégâts effectués par les microprédateurs, mais leur fit faire certains progrès civilisationnels importants.

 

Mais deux autres surprises les attendaient. Premièrement, le Petit est adaptable, très rapidement et très facilement.

 

Deuxièmement, une espèce grande ne peut guère rétrécir avec l'évolution; tandis que l'inverse..." 

 

(Grésil le gnome, érudironiste)

 

 

 

Les arbres. En voila une bonne idée.

 

Dans une toute petite vallée oubliée des autres espèces, les quelques dryades oubliées la par le Créateur lors de ses expériences sur la symbiose avaient fait grandir les plantes jusqu'à en faire d'improbables colosses végétaux. La notion d'entraide entre espèces prenait une dimension inégalée, et le spectacle obtenu était d'une beauté paisible à faire douter de tout le reste de la création.

 

Le Créateur repensa au tas de brindilles grouillant dans les hautes herbes.

 

Des brindilles de quarante mètres de haut... oui... ça pourrait marcher.

 

Quelque part, au milieu du courant d'imagination du Créateur se déversant sans trêve dans notre réalité, on entendit le cri du premier firmite...

 

 

"Tous sur le Continent, sommes à notre manière otages des firmites. Les nains dans leurs grottes montagnardes, le peuple des forêts dans les barreaux vivants de leurs prisons de bois, et nous rejetés sur les côtes depuis l'intérieur des terres.

 

Un peu comme une noix de coco, mais dans l'autre sens."

 

(Anémix le Blanc, "pourquoi j'ai passé mes vacances sur la Grande île")  

 

 

Les humanoïdes -ou gnomoïdes, ou nanoïdes, selon le point de vue ou l'on se place- avaient vu leur développement fortement réduit par ce que l'on pourrait appeler une crise environnementale un peu aidée par le Créateur -une crise de quatre mètres de haut et à six pattes monstrueuses, qui plus est. Les firmites étant parfaitement en harmonie avec leur environnement et peu susceptible de foutre le bordel dans ce que l'on pourrait nommer la Création 3.0, et les autres espèces intelligentes ayant trouvé chacune leur niche écologique de prédilection, les choses semblaient aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

 

Mais le Créateur -même Lui ne saurait être parfait- avait encore oublié un détail important dans le processus...

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