Le coin des petits: ce soir, l'histoire du petit Ben

(ce conte est normalement accompagné d'illustrations en version écrite et de gesticulations pathétiques du conteur en version orale; pour les illustrations, s'adresser à la talentueuse Aude Léonard que je salue au passage, pour les gesticulations, s'adresser à moi ou à l'hôpital psychiatrique le plus proche de chez vous)

(note spéciale pour Mélan' et tous ceux qui ont subi les cours de litté à l'IUFM: il s'agit d'une histoire à dévoilement progressif ;-)




"Il y avait une fois, un tout petit bonhomme dans une grande maison vide. Il s'appelait petit Ben. Il s'appelait petit Ben, mais ça n'avait pas d'importance, puisque personne ne l'appelait. Il était tout seul.


Petit Ben avait froid. Les vieux radiateurs dans la grande maison vide ne chauffaient plus depuis longtemps, et la grande cheminée du salon était bouchée; un jour, il avait essayé de la remplir de bois et, avec bien du mal et les dernières allumettes de la cuisine, il avait fait un feu. La fumée était rentré dans la maison, noire et âcre; il avait toussé pendant trois jours, et après cela il avait toujours aussi froid.

Alors la nuit, comme l'hiver arrivait, il restait tout au fond des couvertures de son petit lit, et n'en sortait que quand la faim l'y obligeait.


Car petit Ben avait faim. Avant, longtemps avant, il y avait un grand potager dans le jardin de la grande maison vide, avec des fruits et légumes qui poussaient par pleins paniers; mais presque rien n'y poussait à présent, car plus personne ne s'en occupait, et de toute façon petit Ben ne savait pas cuisiner tout seul.

En fait, petit Ben mangeait surtout le pain que sa boulangère posait devant sa porte, tout les matins; il savait qu'elle passait toujours, parce qu'il glissait des pièces de monnaie sous sa porte tous les soirs, et que le lendemain matin le pain était la et que les pièces avaient disparu; mais il ne la voyait jamais. Il avait peur de lui ouvrir.


Car petit Ben avait peur. De la boulangère. D'ouvrir sa porte. Du grand escalier qui montait dans le grenier de la grande maison vide, et d'où on entendait des bruits bizarres, la nuit; en fait, petit Ben avait peur de tout, du bruit et du silence, des gens et de la solitude.

Et un jour, on frappa à sa porte.


Ce n'était pas la boulangère, ce n'était pas l'heure; et de toute façon, elle n'avait pas de raison de frapper, il avait bien payé sa dernière baguette. Alors, qui était-ce? Les pompiers? Mais il n'y avait pas le feu. La police? Mais il n'avait rien fait de mal.

Ou alors, peut-être qu'ils voulaient le prévenir qu'un criminel s'était enfui de prison et avait été repéré dans le coin. Ou alors, c'était le criminel qui frappait pour demander l'asile. S'il lui ouvrait, il lui prendrait tout son argent et s'en irait avec; et s'il ne lui ouvrait pas, il défoncerait la porte et le tuerait...

Alors, tout tremblotant, petit Ben prit son courage à deux mains et tourna la clé dans la serrure; puis, doucement, très doucement, il ouvrit la porte.


HOLALA!!! (désolé, c'est l'impression que doit donner l'image, mais la j'ai pas pu faire mieux)


C'était un grand homme habillé en méchant, avec un long manteau noir et une immense casquette qui avait l'air de vouloir mordre; sous la casquette, des yeux luisants regardaient petit Ben, sans qu'il puisse voir le visage de l'homme; c'était la chose la plus effrayante qu'il ait vue de sa vie, et VLAN! il referma la porte de toutes ses forces et courut en direction du grenier, en priant pour réussir à se cacher avant que l'homme ne le rattrape.

Mais en grimpant l'escalier avec ses petites jambes, CRAC! il se fit un croche-pied dans les marches et tomba, la cheville toute endolorie.

Essoufflé, apeuré, il écouta les bruits de la maison; le bandit allait surgir dans l'escalier, se jeter sur lui, lui crier des choses horribles, le découper en petits morceaux...

Mais la grande maison vide était aussi vide que d'habitude. Il ne se passait rien. Le bandit était parti. Il ne restait que la pénombre de l'escalier, et petit Ben avec sa jambe qui lui faisait mal.

Et tout continua comme avant. Sauf qu'à présent, petit Ben avait mal.


Et puis, le lendemain, quelque chose d'horrible arriva à petit Ben: il n'eut plus de pain. En se levant le matin, il alla chercher sa baguette; mais il n'y avait pas de baguette, ni son argent. Alors, il attendit le jour suivant; mais toujours pas de baguette. Petit Ben commençait à vraiment avoir faim. Et sa jambe lui faisait toujours mal.

Alors, le troisième jour, comme le pain n'arrivait toujours pas, il décida qu'il devait faire des courses au marché. Pour acheter du pain, et de quoi soigner sa jambe. Et puis des fruits et des légumes, aussi.

Alors, il alla chercher des sous dans le grenier et s'habilla pour aller dehors.

(ici, une image ou une gesticulation costumée présente petit Ben dans une armure médiévale, c'est un gag qui fait beaucoup rire les enfants. Si si, j'vous jure.)

Dehors, les gens le regardaient bizarrement, et petit Ben avait très, très peur; heureusement, personne ne venait lui parler. Il traversa deux rues et arriva place du marché...

Mais il n'y avait plus de marché (image d'un gigantesque centre commercial).


Dans le grand hangar, il y avait plein de gens qui couraient comme des fous avec des paniers remplis de plein de choses; les enfants hurlaient sur les montagnes d'objets à vendre, les parents hurlaient sur leurs enfants, les gens seuls hurlaient sur leurs téléphones, et la radio hurlait sur tout le monde. Petit Ben se demandait si cet endroit était un marché ou bien un asile de fou... il allait s'enfuir, quand soudain (le suspense est insoutenable)...

...quand soudain, une gentille vieille dame arriva devant lui en regardant son pied blessé. Sans lui dire un mot, elle lui releva la jambe de son pantalon, nettoya l'écorchure et mit un bandage. Puis, elle lui sourit gentiment, et disparut.

Alors, pour la première fois de la journée, pour la première fois depuis bien longtemps, petit Ben sourit aussi. Et courageusement, il alla faire ses commissions. Il remplit son panier de plein de choses à manger, fruits frais, légumes, plats cuisinés, pâtisseries, de quoi bien manger pour toute la semaine. Une fois habitué à tout ce bruit, c'était presque amusant. En fait, petit Ben eut l'impression bizarre que tous ces gens autour de lui n'étaient pas si fous que ça; ils avaient même l'air de faire attention à lui, en tout cas ils ne le bousculaient jamais dans leur course zigzagante.

Son panier rempli, il alla vers la caisse, paya ses courses et s'en alla en direction de la sortie. C'est alors que (re-suspense)...


LE BANDIT!!!!!


Jamais il n'avait couru aussi vite de sa vie! Il avait laissé son panier et toutes ses courses à l'intérieur, mais aucune importance puisque il avait semé le bandit avant de se faire couper en morceaux. Il referma sa porte, tout tremblant, et tourna la clé... il attendit...

Ce ne fut pas un poing tapant contre la porte. Ce ne fut pas un bras cassant une fenêtre. Ce fut simplement une petit voix timide, qui lui disait:

"monsieur, monsieur, vous avez oublié vos courses..."


Alors, lentement, sans trop savoir pourquoi, petit Ben ouvrit sa porte. Dehors, il y avait son panier plein. Et l'homme à la casquette qui le regardait gentiment.

"Mais... quel âge as-tu?", fit petit Ben.

"Treize ans. Et vous monsieur?"

"J'ai quatre-vingt ans la semaine prochaine", dit petit Ben (et c'est la toute l'astuce du scénario)


Alors, petit Ben et le garçon discutèrent, longtemps. Le garçon s'appelait Yacine. Il avait pris le pain de petit Ben parce qu'il avait faim; il ne voulait pas voler, juste avoir à manger. Il ne savait pas que petit Ben n'avait rien pour lui.

Petit Ben décida alors que Yacine pouvait vivre avec lui, car il n'avait nulle part ou aller. Et la grande maison vide devint un peu moins vide.

Quelquefois, ils allaient même faire les courses ensemble.

Et quelques années plus tard, quand petit Ben mourut, je crois qu'il mourut heureux (fin de l'histoire, dernière image, applaudissements nourris des enfants, gloire aux histoires à dévoilement progressif )

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