Errances, partie... depuis ou?

Loos en Gohelle, octobre 2010

 

Réfléchir, c'est dissocier.

 

Cette phrase me trotte dans la tête depuis deux ou trois paires d'années sans que j'aie eu l'occasion de la placer quelque part; voila qui est fait, me dis-je tout en jetant autour de moi un coup d'œil qui ne saurait être mieux décrit que par le mot "circulaire".

 

Les jumeaux du 11/19, plus hauts terrils d'Europe et points culminants absolus des Ardennes jusqu'au Kent et de la Norvège à la tour Eiffel, ne font pas semblant d'être balèzes. L'improbable platitude des alentours n'en ressort que mieux, au point de faire douter que la terre ne soit pas effectivement en forme de pizza géante; l'effet obtenu est à la fois spleenogène et curieusement reposant.

 

Le spectacle, pardon, la "restitution" comme on dit chez les pros, est dans deux heures. Les mômes, une bande d'adolescents ch'tits plus vrais que nature, sont excités comme des républicains Texans une veille de pendaison.

 

J'aurais pas du prendre ma pause maintenant. J'aurais du les emmener ici, sur ce gigantesque empilement de cochonneries minérales auquel s'accroche une espèce de chardon quadrillant de vert tendre le gris délavé du sol; je me demande s'ils ont jamais envisagé que leur patelin pouvait paraître joli.

 

Qu'est-ce qu'on prétend faire de ces mômes? Une semaine de stage cirque par ci, deux séances de hip-hop par la, un éduc' guère plus vieux qu'eux payé à coup de subventions moribondes afin de pouvoir se targuer d'un suivi social des "jeunes en difficulté" du 62, soit deux tiers de la population pour ce que j'en ai vu... et voila l'asso qui gère le site promue zone culturelle européenne, la communauté urbaine de Lens-Liévin citée en exemple de "redressement social" (formule savoureuse que les agents du fisc apprécieront), le tout sur fond de classement imminent de la chaîne des terrils au patrimoine mondial de l'humanité. Impression trop souvent ressentie de participer à une mascarade bien-pensante au service d'élus locaux un poil plus rusés que les autres. Les ados dont je m'occupe se contrefoutent qu'on paye des types comme moi pour leur faire faire des "activités"; mes cours d'acro ou jouer les yamakasi dans leurs quartier, ils n'ont pas l'air d'imprimer la différence.

 

 

Réfléchir, c'est dissocier. Éviter les putain d'amalgames. Savoir que tout ne se vaut pas, que nulle richesse n'en est une si notre niveau de conscience ne nous permet pas d'en jouir, qu'il est possible de faire dix fois le tour du monde sans rien apprendre; que le crétinisme est un monde de synonymes, un processus de pensée dominé par le signe =. La lucidité est faite de jugements, de mesures et de mesure, de choix et de doutes. Toute manifestation d'intelligence (ou de mauvaise foi... mais la mauvaise foi n'est-elle pas signe d'intelligence?) commence en se disant "c'est pas pareil".

 

On ne lutte pas contre l'aliénation d'un groupe de personnes en les tenant occupées. On doit leur faire prendre du champ. Les faire sortir de la plaine pour les monter en haut du terril. Et la, c'est plus pareil.

 

Regarde ton monde. D'ici, il parait écrasé, et c'est pas faux. Les champs parfaitement horizontaux qui engraissent la FNSEA locale et les requins Nordistes de chez Auchan sont moins verts vus d'en haut. Leur teint parait maladif. Les arbres qui les bordent sont moins beaux que ceux des terrils voisins, dont la composition n'est pourtant pas synonyme de fertilité garantie. Bien rangées dans le quadrillage, les routes étirent leurs files de bagnoles émaillées de gros culs pareils à des wagons de train trop stupides pour s'attacher. Le Pas-de-Calais a ceci d'intéressant que nul relief n'y cache la bêtise de ceux qui se targuent d' "aménagement du territoire".

 

Liévin en parait presque belle, rougeoyant de tous ses corons dans la lumière gris pâle d'un automne à l'Irlandaise; émerge ça et la une tour d'immeuble, phallocrate bien mesquine au pied de ces mamelles géantes six fois plus grandes qu'elle. Plus loin, quelques-unes des plus grosses usines de France étalent leurs parkings de cauchemar en devanture de bâtiments mesurables en kilomètres. 

 

Bon, on ne peut pas dire que les zones urbaines du coin respirent la santé, bien qu'elles fassent toujours plus envie que les fosses d'aisance à phytosanitaires chargées de leur procurer leur malbouffe. Toujours est-il que dominer l'horizon de cette façon, genre nid d'aigle, ça te requinque ta dignité encubée dans le béton ou la brique, ça te lave ton regard bleu sale de perdu d'avance trop longtemps englouti dans ce gigantisme psychotique qui caractérise tout ce qui se construit dans le coin -logements mis à part. Vous, je ne sais pas, moi, à leur âge, c'est ce que ça m'aurait fait.

 

 

Bref, la lecture du paysage, cette vieille marotte, me tient compagnie sur cette montagne par défaut. Tout en repérant les traces de réseau hydrographique souterrain, je me demande si cette fameuse rivière qui aurait pris feu dans le coin et dans les années 70 existe réellement.

 

Surtout, je me demande si je vais devenir, dans les mois qui viennent, un mec du coin, comme je suis déjà Auvergnat, Vosgien, Ardennais, Mosellan, Irlandais et Stéphanois. Comme on me propose de devenir Breton. On notera au passage que le ciel bleu, c'est pas mon truc.

 

A quoi tient la trame d'une vie? A des choix comme celui-la, et à leur collision face aux échos des choix passés...

 

 

 

 

Carvin, juillet 2004

 

L'avenir m'ouvre grand ses bras et moi je fume des joints.

 

Vautré dans ma caisse pour échapper aux moustiques en attendant de rejoindre la tente ou je vais passer la nuit, je sens venir l'heure du bilan... ou alors je tente d'échapper à tout début de commencement d'une mise en place d'un quelconque projet, c'est au choix.

 

Ma vie "normale" est en stand-by pour l'instant. J'ai quitté Saint-Étienne sur une crise d'honnêteté, boulette phénoménale à ne jamais faire dans un groupe de potes, et qui ne m'a pas fait que des potes, justement; mais vu d'ici, j'en ai guère à carrer. Une période merdique en plus ou en moins avec les gens de tohu-bohu, c'est pas ça qui va changer grand-chose à mon ordinaire.

 

Marrant tout de même que "celui par qui le scandale arrive" soit plus montré du doigt que son auteur légitime; finalement, la bande de rockers extrémistes de gauche avec qui je tente de me faire croire qu'on a des projets communs n'est guère plus avancée socialement qu'Attila faisant exécuter les porteurs de mauvaises nouvelles. Bref. Je réglerai mes comptes avec eux plus tard.

 

L'actualité du Lio, pour le moment, c'est feu la convention européenne de Carvin et le mois de roadtrip qui m'attend derrière; enfin, la road, toujours bien. Le trip, ça dépendra de moi et de ma capacité à sortir de la procrastination, mais n'anticipons pas.

 

C'est marrant, à quoi tiennent les choses. Une vision homogène de la situation dirait "j'ai fait la plus grande convention de jongleurs de tous les temps pas loin de Lille, on était 5000, l'ambiance était énorme, les spectacles aussi, c'était super". Bien.

 

Mais quelle réalité se cache derrière ça? On ne passe pas uniformément du temps avec tous les gens d'un festival. On a des moments de grâce, des moments de drague, des moments de spectacle, des moments loupés -pas dans l'absolu, ceux-la sont en nombre incalculable, on en deviendrait éternel insatisfait si on en prenait vraiment conscience, mais ceux qu'on t'a raconté, ceux qui ont filé pendant que t'étais aux toilettes/parti te chercher à bouffer/ paumé tu sais plus ou, ceux dont les copains ont joui en ton absence, merde, loupé, la prochaine fois si j'aurais su j'aurais venu. Finalement, un parcours personnel au milieu du maelström d'un truc de cette échelle, c'est peau de zizi.

 

Les gens avec qui tu traînes, tiens. Voila un facteur déterminant dans la qualité d'un festival, bien plus finalement que l’événement en lui-même; ce qui en amène certains à choisir les "amis" avec qui ils ne partiront pas en voyage, parce qu'en ce moment il est pas drôle, machin, il est relou trucmuche, elle veut plus baiser avec moi bidule... je m'aperçois en y repensant que laisser la chose au hasard est finalement tout aussi bien.

 

Bon, il y a des gens qu'on ne laisse jamais au hasard. Mon poto Pierrot, par exemple, embarqué à huit heures du mat' et presque autant de grammes dans le sang depuis la Haute-Loire; première étape Roanne, deux minettes nous attendent pour faire la route en covoiturage, Pierrot s'endort en calbut vautré sur la banquette arrière, je plains celle des deux qui ne fera pas la copilote.

 

Le voyage se passe, on se retrouve entre nous, les rares affidés de l’école de cirque du Mont Joyeux à ne pas bosser cette semaine: ma gueule, parti en claquant la porte l'année dernière; Romagnon, viré pour excès d'excès; Raphie, fraîchement reçu à l'IUFM;  Pierrot et son frangin, en récup'. Étonnante tribu de saltimbanques Auvergnats d'obédience rootsoïde, qui parmi les milliers de jongleurs de toute l'Europe se révéla finalement un peu Punk sur les bords...

 

Se joignent à nous les deux Roannaises susmentionnés et fort bien dimensionnées, dont le destin parmi nous autres joyeux voyous se passa de commentaires, leur pote Christelle, que je dois pouvoir considérer comme ma copine si la fièvre festivalière ne l'a pas fait s'avancer un brin, Fari, un excellent collègue Canadien déjà croisé à l'EJC de Brème, et voila planté le wigwam d'une semaine... euh, intéressante.

 

Qu'en aurait-il été avec d'autres? Quelles facettes de cette convention aurais-je connu? Je ne le saurai jamais. N'avoir qu'une vie, parfois, c'est vraiment nul.

 

Et me voila. Fini Carvin, bonjour la suite. Je fais la route seul, direction la Normandie puis Belle-île, avant d'aller rejoindre Aurillac la maudite qu'il m'a fallu trois ans pour avoir envie de retrouver. En attendant, je dois tenir la promesse que je me suis faite de bouger mon cul et de retrouver la rue en solo. En Bretagne, comme au bon vieux temps ou je n'existais que par le cirque, ou deux minces jets de flammes dansant autour d'un bâton me permettaient de réaliser cet exploit: accepter le regard des gens.

 

J'avais seize ans. Ma vie commençait.

 

Voila la raison de ma présence ici. Dans une autre vie, une de plus que je n'ai pas connu, je devrais faire la route avec Yo, ma chère Yo partie de ma vie depuis avec je ne sais quel camé. Je donnerais tout les bons trucs qui me sont arrivé cette année, Laure, Gaëlle, ma licence enfin acquise, notre premier vrai spectacle avec Pierrot, le taf à Gollène, tohu et la MJC, la liberté retrouvée d'avoir une voiture, Sarah, Christelle même... à la benne, tout ça, si je pouvais l'échanger contre un peu plus de temps lié à celle que j'appelais mon amour.

 

Mais la vie ne fonctionne pas ainsi. Cet emmerdeur d'Héraclite avait bien raison, on ne traverse pas deux fois le même fleuve.

 

Par contre, on peut faire un retour aux sources.

 

 

 

 

Galway, novembre 2005

(première esquisse de ce qui deviendra mon carnet d'Errances)

 

 

Marrant, de relire ses archives.

 

Je tiens un semblant de journal intime depuis l'âge de dix ans, sans interruption ou presque. Et à l'exception de quelques enregistrements audio, ce n'est que l'an dernier que je suis sorti de l'aspect purement factuel du truc pour me mettre à Écrire.

 

Ce que je grattais jusqu'alors n'est pas transcriptible tel quel. Ça ressemble trop souvent à une liste de commissions, ou à un agenda pris dans le mauvais sens. C'est pourtant par l'écrit que je poussais le plus loin mes contacts épisodiques avec ce drôle de machin que l'on nomme l'humanité; j'ai écrit des centaines de pages de correspondance ces dix dernières années, et pourtant il semble que je n'avais pas toujours grand-chose d'intéressant à me raconter à moi-même.

 

Qu'est-ce qui a changé? J'ai découvert avec ravissement le monde des e-mails et des forums internet début 2004, mais je crois qu'il ne s'agit pas de ça. Si je trace une frise chronologique des événements importants de ma vie, on constate une sacrée inflation depuis une vingtaine de mois; une nouvelle coupure de ponts, définitive cette fois, avec le giron familial, la même chose du point de vue de la fac, une nouvelle ère dans mes relations amoureuses - puisque à présent, j'en ai...

 

Tout cela n'est pas anodin. Ce qui me paraissait miraculeux quand j'avais vingt berges, genre baiser, avoir des potes ou trouver ma place dans une collectivité, m'est devenu délicieusement normal. Le fait que je sois en ce moment prof de cirque, artiste de rue et manager en auberge de jeunesse, le tout dans une langue que je maîtrise encore assez mal, sans parler de ma conquête du moment dont internet me confirme qu'elle a réellement été finaliste de Miss Israël, serait tout simplement impossible à imaginer pour l'ado mal dégrossi que j'étais il y a à peine trois ans.

 

Le temps permet le recul. Les couches de vécu s'accumulent dans mon bagage personnel, qui ne se limite plus à tel ou tel événement fondateur. C'est avec une certaine fierté que je peux aujourd'hui m'affirmer comme un être complexe et même relativement abouti, peut-être pas encore mur pour la littérature, faut pas déconner, mais au moins bon pour le service plumitif.

 

La nouvelle qui m'est venue hier soir est intéressante* . Une certaine maîtrise dans le style. Ça lambine pas. C'est la première fois que je suis content d'une de mes histoires.

 

Et j'en suis le personnage principal... bon. Mon néo-compatriote Oscar Wilde disait que pour se libérer d'une tentation, il fallait y céder; j'imagine que la tentation de l'orgueil ne fait pas exception. Puisque orgueil j'ai, autant qu'il serve à quelque chose.

 

Cette page de journal est sympa, aussi. J'avais vu le CR écrit vite fait fin août 2004, deux mois de vie en trente lignes, les noms, les lieux, les dates et basta; j'avais zappé cette feuille volante, grattée sur le tableau de bord de feu ma Clio à la lumière tombante d'une de mes rares soirées en solitaire de cette année la... 

 

Rare et Solitaire. Dans la même phrase. Ouais, y a pas à chier, j'ai changé.

 

Marrant d'être en Irlande et de se commenter ce texte d'un autre moi, d'un autre voyage; le concept est pas dégueu, pas de quoi révolutionner la mise en abyme, mais ça peut donner un genre. Faudrait que j'apprenne à faire un blog, un jour, tiens.

 

La frise d’événements a éclaté en vol, se dispersant dans tous les sens. Christelle est effectivement devenue ma copine, pas longtemps et mal à propos puisque Marjo est arrivé juste ensuite; grosse claque. Pas un hasard, ça non plus; c'est à Carvin que Raphie m'a proposé de venir aux vendanges. Mais ça, c'est une autre histoire.

 

Nos deux covoituristes Sarah et Anne-Laure, la délurée et la douce, sont devenues des potes, et avec elles toute une bande de Roannais croisés à Aurillac puis revus sur Saint-é; on s'est (re)mis ensemble à la musique, Pierrot s'est même acheté un accordéon pour ne pas se faire chier en notre compagnie. Je retravaille de vieilles composition, toujours dans l'espoir d'avoir mon propre répertoire dans la rue. C'est pas gagné.

 

 

Je me plais en Irlande, tant que ça reste du voyage. Mais la vie a tissé des fils, loin d'ici, qui continuent à se dérouler; et maintenant j'ai conscience qu'ils n'ont pas besoin de moi pour ça.

 

Je vais en tisser de nouveaux ici. Ensuite, je rentrerai, en redécouvrirai d'autres auxquels je ne pensais même plus. Je reviendrai ici un jour voir ce qu'est devenu ce que j'y ai laissé. And so on. La trame de mon existence continuera de s'enrichir ainsi, au milieu des fils mourant ou se nouant entre eux; la ou le nombre de fils morts m'angoisse parfois, ce soir je trouve exaltant le tableau obtenu. Peut-être que je le vois d'un angle plus large.

 

Héraclite avait raison. On ne traverse jamais deux fois le même fleuve. On en traverse un seul, sur toute sa longueur, tout le temps. Il se nomme l'existence, et change en permanence à chaque instant de la traversée.

 

Qu'importe ce qui s'en évapore. Le fleuve demeure, nourri de ses confluences. Vives les eaux étrangères qui l'alimentent. Vive le mélange, fruit du hasard et de la nécessité.

 

Vive l'errance.

 

 

 

 

 

*cette nouvelle a été publiée ici-même. Lisez, c'est gratos: http://www.facebook.com/note.php?note_id=159346981649

 

 

 

 

Saint-Étienne, novembre 2010

 

 

Carvin. Ben ouais.

 

Les fils ont continué de s'entremêler, déroulant mon histoire; cet été, je suis retourné à Carvin, invité comme bénévole par ce même pote Pierrot devenu orga de la convention et salarié de l'école de cirque locale; de fil en aiguille, on a passé le mois d’août ensemble, en frères de la rue, huit ans qu'on fait semblant de se prendre pour des artistes ensemble et on en a toujours pas marre. Seul contre Tous, collectif d'une personne qui est finalement la raison d'être de cette page fesse-bouc, n'existerait pas sans ce mec. Les mange-bitumes, notre marque de fabrique historique, est désormais sonorisée par l'histoire d'amour entre lui et son accordéon, instrument dont il joua ses premières notes... à Carvin, un certain mois de juillet 2004.

 

Puis, j'en arrive à partir bosser la-bas avec lui pour un remplacement; c'est la que je découvre les terril géants, les ados imbéciles d'un plat pays sous perfusion sociale, le monde riche et chaotique des arts de la rue en milieu Franco-Belge, et Lille, ville la plus charmante qu'on m'ait présenté depuis longtemps. J'en reviens, à l'heure ou j'écris ces lignes.

 

On me propose un CDI la-bas. C'est tentant. Futur possible numéro un, dont la potentialité a éclos au cours de ce même mois de Juillet. Certains fils oubliés ne quittent pas la trame pour autant.

 

Ma fringale d'errances m'a vite rendu aux routes d'Irlande; j'y ai développé mon sens embryonnaire de l'agriculture et appris à travailler de mes mains, chose dont je me croyais incapable avant ma rencontre avec la vigne. Rencontre amorcée, on l'a dit plus haut...

 

Tout récemment, on me parle d'un contrat de direction dans une structure d'accueil jeunesse du Morbihan; on y cherche un briscard de l'animation doublé d'un circassien, triplé si possible d'un connaisseur de la vie agricole. Mon CV colle parfaitement, je gagne le poste sans combattre, on m'attend la-bas pour toute l'année 2011 si je confirme. Futur possible numéro deux.

 

Les prétendants au titre de futur possible numéro trois sont innombrables, mais pas à l'ordre du jour. Ils auront peut-être leur place dans la trame, un jour prochain. Ou lointain. Ou pas.

 

Dans tous les cas, de nouveaux fils vont se créer, une nouvelle couche de vécu va rendre cette vie encore un peu plus savoureuse. Je crois qu'il pourrait même m'arriver d'être un homme heureux.

 

Il est difficile de dire d'un récit que tout a commencé quelque part; le narrateur de 2005, jeune homme pêchant par excès de confiance pour rattraper les années ou il en manquait tant, a raison de le dire: il est important de ne pas se focaliser sur des actes fondateurs, des dates historiques à la petite semaine qui n'expliquent rien de la richesse d'une histoire. Toutefois, celui que l'on appelait pas encore Léo (une jeune Australienne rencontrée dans son club de cirque sera la première à le faire, peu de temps après) exagère dans l'autre sens: il faut reconnaître que dans une vie, tout ne se vaut pas. Que pour comprendre une trame, certains instants, certaines périodes, sont à dissocier du reste. Que les événements anciens qui gardent une influence sur nos futurs possibles sont rares et précieux, formant souvent nos plus beaux souvenirs. Imbrication magnifique entre nos deux plus grandes richesses: l'avenir et la mémoire.

 

Je termine sur cette image d'un moment de bordel. Un moment fondateur, aussi. Si vous trouvez ça paradoxal, c'est bien dommage pour vous.

 

Ce n'est pas parce qu'on erre que l'on dérive. Errer humanum est.

 

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