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Le blog de Léo Dumas

Errances, partie en vrac

27 Mars 2011 , Rédigé par Léo Dumas Publié dans #Errances

Temps présent, Lambersart, trois heures du mat'

 

 

Je rentre. Saoul, pas assez. Éveillé, pas assez. Les idées au bord de la création, prêtes à bosser, prêtes à se mettre en ordre pour créer Quelque Chose. Mais pas assez. Ou alors, va savoir, peut-être pas de la bonne manière.

 

Dans le doute, retour aux classiques. Radiohead. Pas le dernier album, dont le sillon qu'il a creusé dans ma tête est encore trop frais. Hail to the thief. Ouais. Bonne idée. Un environnement connu. Un point de repère mental. Un phare.

 

Putain. Cet article a été rédigé, déjà. Au moins trois fois, en vingt minutes de marche pour rentrer du centre-ville vers ma cahute. Il devrait couler tout seul. Mais mon clavier est rétif à l'alcool, et moi-même n'ai choisi la posture de l'écrivaillon que par défaut. T'es saoul, tu rentres chez toi, ton salon est saturé de geeks en pleine non-activité, ta chambre comporte une guitare (trop tard, des gens sont couchés dans la baraque, tant pis, on remet ça à demain), des bouquins (trop tard, déjà tous lu, passer à la bibliothèque, on remet ça à quand t'auras le temps), et un PC. Qu'est-ce que tu prends? Le PC, pardi. La putain de fenêtre, comme dirait Bill Gates. Toujours pensé que ce mec avait commis le hold-up du siècle. Je n'ai pas fini de découvrir à quel point.

 

Courage. Même des écrivains de seconde zone comme Beigbeder (un mec sympathique par ailleurs, hein n'allez pas me faire dire ce que vous avez déduit) ont réussi le pari de la littérature sous drogue. Bukowski n'a rien fait d'autre de sa vie que de créer en état d'ivresse, et il faudrait s'appeler Balzac pour trouver à redire à sa productivité. Ce que tu es en train de faire est possible, camarade. Alors, t'es gentil, tu le fais.

 

 

Putain. Je crois plus en l'Errance. Le présupposé de cette série d'articles est mort avec le second acte de ma vie. Il serait plus juste de dire qu'ils agonisent ensemble, que le baisser de rideau s'apprête à les faire disparaitre alors qu'ils envoient leurs dernières répliques au monde.

 

Laissez-moi vous raconter comment ça s'est passé. Oh, bons dieux, que ça va être long. C'était même pas mon but initial, en plus.

 

 

Mon but initial... ah oui, je me souviens. Ça devait être une brève de cirque. Comment j'ai compris ce qu'allait être le restant de cette année 2011, comment les parcelles les plus subtiles de mon cerveau ont réussi non sans mal à faire passer à tout le reste ce message pourtant très simple : ta place n'est pas ici, duconneau.

 

Résumons les épisodes précédents à d'éventuels nouveaux lecteurs. Je vais essayer de rendre la chose un tant soit peu ludique pour tous les autres. Je ne garantis rien.

 

 

Je me présente: Léo, artefact d'un cerveau génial (selon les normes institutionnellement admises, pour ma part j'ai des doutes), qui m'a chargé d'être à la fois son porte-parole, son paravent et son périscope. Je ne suis, on ne le dira jamais assez, pas une personne : je suis un personnage. Je jouis d'une licence d'exploitation délivrée par Lionel J., lequel m'autorise à creuser à sa place les tenants et aboutissants de sa propre existence jusque dans des profondeurs ou le pauvre est incapable de se rendre en personne. Un peu comme un mineur Namibien fouille la terre au péril de sa vie pour le compte de connards Sud-Africains richissimes, lesquels lui laissent en échange les palpitations sublimes offertes à qui découvre, au milieu du tas de merde qui représente l'essentiel de son existence matérielle, une pure pépite de métal précieux.

 

Autour de moi, la musique change, à dessein. Brassens censure "les oiseaux de passage", de Jean Richepin, pour des raisons qui le regardent. C'est beau, et ça fait mal. Même le Vieux Bonhomme a cédé à ce jeu-là. Merde. Je vous en prie, redécouvrez l'intégralité de ce texte magnifique. Peut-être trouverez-vous des excuses au grand Georges, des explications tout au moins (rentiers, faiseurs de lard, philistins, épiciers... il a bousillé cet alexandrin, a souillé ce cri de rage beau comme la vie, mais y est resté fidèle toute la sienne. Faut-il le blâmer, je n'en sais rien). Bref, tous les mineurs Namibiens ont été vengés par cet écho formidable:

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante / Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux
Et le peu qui viendra d'eux à vous, c'est leur fiente / Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux

 

Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux. Oh, ouais. Il m'en a fallu, du temps passé avec les gueux, pour réaliser combien ceci était la pure vérité.

 

Nous vivons dans une société troublée de voir passer les gueux. "La société", dans un texte, a deux sens possibles ; chez un contestataire, cette expression signifie "les autres, ceux qui possèdent". Dans un texte admis par la minorité pensante, elle désigne "les gens suffisamment éduqués pour lire et comprendre cette phrase". Dans les deux cas, "la société" est un terme exclusif. Il envoie chier une partie de l'humanité. A ce titre, mon instinct s'en est toujours méfié, et ma raison le conchie, à présent qu'elle y pense.

 

À mesure que le monde ou nous vivons se divise (bêtement) entre, d'un côté, les cadres institutionnels, et de l'autre ceux qui veulent les faire péter à tout prix, "la société" prend un sens contextuel : il représente nos bergers, et leur troupeau de moutons, c'est à dire les humains qui les suivent sans se demander pourquoi. Nous accepterons cette définition pour la suite, fin des guillemets, ouf, je vais pouvoir m'exprimer sans risque de mésentente.

 

La, donc, société, se sent merdeuse à l'idée de reconnaitre l'existence des gueux, de leur autonomie d'existence, de leurs rêves, de leur qualité d'êtres humains ; elle rechigne à accepter le fait que leur présence ne se résume pas à un détail graphique dans une présentation powerpoint, avec une dénomination du genre "force productive primaire" ; qu'il est possible que les dingues et les paumés de ce monde puissent vivre même sans lui servir à rien. Elle n'est même plus capable d'imaginer que ces pauvres gens ont aussi femme et mère / et savent les aimer aussi bien que vous, mieux. Elle n'est plus en mesure de prendre conscience des implications terribles contenues dans le principe de réalité suivant : le "taux de chômage structurel", les "flux migratoires incontrôlés", l' "augmentation des violences faites au personnes", sont des termes qui ne désignent pas uniquement des processus. Ils déterminent la vie des gens. Il décrivent les résultats obtenus par des idéologies qui n'ont pas choisi pour objectif principal l'amélioration de l'existence du connard moyen, lui préférant les résultats du CAC 40. On le voit, le résultat : pauvreté et Front National engraissent, à l'ombre des scandales politico-financiers.

 

C'est dans cette triste histoire que j'ai Erré, à mon échelle, celle de l'Europe du fric ; me balader en touriste dans le tiers-monde rebaptisé "PVD" (tu parles) m'a toujours paru insurmontable. Je n'ai pas la force de regarder dans les yeux d'un gamin né du mauvais côté de l'OMC. Je n'ai pas la force de répondre honnêtement à ses questions muettes. Je plonge quotidiennement mes mains dans la merde, mais pas à ce point-la.

 

À présent, tout est confus. Non. Je corrige. Tout est en mutation. Ne jamais oublier que depuis qu'il a cessé de vivre dans la nature, l'être humain vit dans sa tête, moi le premier.

 

Ne jamais oublier que chacun voit midi à sa porte.

 

 

Tout change. Tout est changement. L'acceptation, ou non, de ce principe, est l'exacte limite qui différencie les progressistes des réactionnaires. Historiquement, je vais pas vous faire un cours, lisez un putain de bouquin sur la révolution française, elle détermine également la différence entre la gauche et la droite. Merde, je sais bien que chacun fait ce qu'il peut avec son rapport au savoir, mais faite un petit effort, essayez de suivre. Partez du principe que mes articles sont un jeu de piste. Il faut chercher les références la ou vous ne les saisissez pas. Il faut prendre du temps. Toutes les clés sont sous vos yeux. C'est à votre curiosité de faire le reste. Faite-lui confiance. Elle a fait le plus dur : vous amener ici.  Laissez-lui s'occuper de la suite.

 

 

Je m'égare. System of a down et le génie foutraque de la doublette Tarkian/Malakian m'envoient dans toutes les directions. Je file prendre une pause-bière.

 

Ou suis-je? Et ou en suis-je?

 

 

Ah oui. Léo. La mondialisation, qui vire les improductifs de ses présentations powerpoint. C'est un peu ce qui m'arrive.

 

J'ai bien servi. Mon créateur savait ce qu'il faisait. Il a fabriqué une bête de concours, une carapace quasi-inviolable, un putain de tank prêt à avancer sur tous les terrains. Et lui, derrière, a exploité. Il m'a laissé les trucs chiants, gérer les relations humaines de façade, ce genre de conneries, a vécu par procuration à travers moi pour se faire son idée du monde, et a pris le temps libre que je lui laissais pour devenir le puits de science qu'il rêvait d'être. Sa récente marotte, l'histoire du XIXème siècle, n'est pas anodine. Il vient de s'apercevoir qu'il avait vécu comme ces nantis de l'époque plongés dans les choses de l'esprit pendant que leur bonniche s'occupait du linge sale, comme ces fiers aventuriers prenant la pose au sommet de l'Everest tandis que leur Sherpa prenait la photo avec ses doigts non encore gelés. Il vient de prendre la mesure de mon importance dans sa vie, et de décider qu'il n'avait plus besoin de moi. À bientôt trente ans, Monsieur souhaite s'émanciper de lui-même.

 

 

Ceci n'est pas mon testament. Mais il y a de cela. Ceci est, faute d'un meilleur terme, mon pot de retraite.

 

 

Je laisse la parole à Lio.

 

 

Bonjour à tous...

 

Nous n'avons pas l'habitude d'être en contact direct. On s'y fera, ou pas. Léo dramatise, je ne compte pas le virer de ma vie ; juste le remettre à sa place.

 

Son discours n'est pas injuste. Je lui dois beaucoup. J'ai le souvenir, ça fait longtemps, dans une autre vie, d'avoir été questionné par un pote sur le thème "mais en fait, ça t'apporte quoi, de fumer des pétards?" ; j'ai répondu à côté de la question, comme tout usager de drogue. Je lui ai répondu, en gros, que ça me rendait cool, que ça m'aidait à me rapprocher des gens ; je n'avais pas conscience, à l'époque, d'user de subterfuges biochimiques afin d'aider à sortir l'extension de ma personnalité qui faisait réellement ce boulot d'ouverture au monde. Cette extension, plus tard, fut nommée Léo et devint mon nom de théâtre.

 

Le théâtre, l'art du faux qui raconte le vrai, dans lequel j'ai toujours excellé faute d'exceller dans la vie réelle. Tout est parti de la. Une première piste en entraine toujours d'autres. Le Jeu de rôles, cette sensation dévastatrice de pouvoir se rendre maitre d'un univers, m'a happé, pour quelques années. Mais il manquait quelque chose. J'ai trouvé quoi via le semi-réel, le jeu de rôles théâtralisé, ma came, ma seule vraie came encore aujourd"hui. Léo y trouva sa place. J'ai réalisé que la vie entière pouvait n'être que l'interprétation de quelques rôles bien pensés ; le second acte de ma vie commençait.

 

Je devins protéiforme, insaisissable, chaotique, vivant au-delà de tout ce que j'avais pu imaginer. Mon existence prit du gout. Ma valeur aux yeux du monde passa de "négligeable" à "anomalie non représentative", ce qui a déjà plus de gueule. Mues par je ne sais quel mystérieux mécanisme, les femmes succombèrent en masse, elles qui ne m'accordaient pas un regard auparavant. Je fis ce qu'aurait fait tout frustré chronique à ma place : me repaitre de chair, en priant pour que ça ne s'arrête pas.

 

Mais il manquait quelque chose.

 

Voici le troisième acte, celui ou je comprends quoi.

 

Permettez qu'on en finisse avec l'artifice des italiques.

 

 

Voila.  Nous sommes face à face, lecteur. Comme d'habitude, j'ai à peine commencé mon introduction que déjà le sommeil me gagne. Il va falloir que je termine en roue libre. Mais j'ai l'habitude. Enfin, Léo à l'habitude, mais peu importe, il m'a transmis depuis longtemps son gout de l'impudeur.

 

Je vis à Lille. Je pratique en ce moment un autre retour aux sources, celui de l'initiation au Cirque ; sans vantardise mal placée, je suis sacrément balèze. Les intervenants ayant eu affaire à moi font la queue pour les inscriptions de l'année prochaine, les groupes de gavroches qui m'ont eu comme prof remplaçant réclament mon retour ; même le guindé et faussement convivial bureau de l'asso cède à mes exigences, malgré mon attitude rien moins que diplomatique. Bref, j'envoie du gros au boulot, douze ans d'animation dans les pattes obligent, et je kiffe ma liberté d'action.

 

Passons maintenant à Queens of the stone age, et répondons aux question posées plus haut.

 

Ma place n'est pas ici. Ben non. Fallait être con aussi pour croire qu'une fuite opportuniste allait m'apporter le bonheur sur terre. Lille, c'est cool. Pour certains. Mais pas pour moi. Pas comme ça. Pas avec autre chose en tête.

 

C'est la que je passe au casse-gueule exercice de la déclaration d'amour. Respire, Lio. Léo boude, dépossédé d'une de ses prérogatives. Le jour se lève. T'es tout seul. Et tu dois dire je t'aime. Allez, lance-toi.

 

 

 

À tous les membres des Deux Tours qui lisent ces lignes -et vous avez intérêt à laisser un comment pour marquer le coup : je vous aime, j'ai besoin de vous dans ma vie, et je veux vous rejoindre. Voila, j'l'ai dit.

 

J'ai passé à vos côtés, dans nos aventures semi-réelles, quelques-uns des moments les plus réels de ma vie. Nous avons noués ensemble des liens de fraternité auxquels je ne croyais même plus. Nous sommes allés très loin dans l'aveu de ce que nous sommes, sans jamais verser dans le jugement et la vindicte.

 

Nous avons eu des mots, parfois, comme dans toute tentative de création collective. Mais ces mots ne se sont jamais fait passer pour l'essentiel. L'essentiel est clair dans nos têtes, et le restera : nous sommes frères, et l'attente est longue entre deux soirs de retrouvailles.

 

Ma vie est à Grenoble, ou dans les Chambarans, enfin, quelque part par là ou l'épicentre des gens chers à mon coeur s'est créé sans que j'y prête attention ; il faut dire qu'à l'époque, c'est Léo qui gérait le dossier. Il a son mode de fonctionnement qui interdit la fin de l'Errance. Voila pourquoi je saute le pas. Voila pourquoi je prends les commandes. Pour vous. Pour ce qui est important.

 

 

2011 est déjà calée. Une année de taf et de formation, une année pour réfléchir, une année de cumul du point de vue de pôle emploi ; au milieu, quelques week-ends de respiration ou l'on se saturera de picole, de bonne bouffe et de chaleureuse connerie. L'objectif, déjà, c'est 2012.

 

 

Créer mon job de rêve sur Gre. Vivre en contact avec les copains. Militer, plus que jamais, pour sauver ce qu'on peut de cette société qui nous reproche de ne pas la laisser nous oublier totalement. Ne plus avoir peur du temps qui passe, car il est facteur de progrès, d'avancées, de vieux Démons à qui l'on a enfin cassé la gueule. Accepter le changement, et parfois, les permanences qu'il implique. L'ordre est l'une des configurations possibles du chaos, pas pire qu'une autre. L'important est ce qu'on en fait.

 

Je ne deviendrai pas Lillois. Cette région est trop conne. J'y crève de manque d'élévation. Je veux bouffer du débat politique avec Vince, bosser sur des choix artistique avec Mu, me gaver d'Histoire avec Djid ou Mike, refaire le monde de la pédagogie avec Axelle, changer mes délires en projets avec Quicky ou Kapik, voire grandir mes filleules de coeur Margaux et Kahina ; cesser l'Errance, car j'ai trouvé ou j'allais. J'aime mes potes. J'aime ma tribu. D'autres choix étaient possibles. J'ai fait celui-la, et il n'implique pas Léo.

 

Fin des Errances? Pas vraiment. Y a pas de voyage sans port d'attache, ai-je écrit un lendemain de teuf ; une fois rejoint le port, les récits du marin retrouveront du lustre. Il est tellement de choses encore que Léo ne vous a pas raconté. Il s'en fera un plaisir.

 

 

Pour l'heure, d'interruptions en pauses-clopes, voila huit heures du matin qui s'annoncent. Je vous laisse la-dessus. La bonne nouvelle est lancée : la Révélation existe, et il n'est pas nécessaire de croire en autre chose qu'en soi pour la vivre.

 

Tous les chemins mènent quelque part. Suivez le votre. Laissez le doute pour les pauses. Si vous faites fausse route, votre Léo personnel vous le dira, pour peu que vous le laissiez ouvrir sa gueule.

 

Vivez au mieux. Soyez intègres à vous-mêmes. Sachez qui sont vos alliés, et ce qu'ils valent réellement. Faite preuve de ténacité et de patience dans les moments merdiques. Le reste devrait bien se passer.

 

Tâchez d'être heureux.

 

Lio.

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